LE NOUVEAU CHAI DU CHÂTEAU FAUGÈRES. Saint-Émilion, 8 millions d'euros
investis dans un chai high-tech siglé Mario Botta
Depuis la plaine libournaise, la tour des nouveaux chais du château Faugères
est bien visible. Et depuis plusieurs années, elle irrigue les conversations
dans le vignoble de Saint-Émilion. Si beaucoup glosaient sur l'architecture
de Mario Botta, peu en connaissaient le ventre.
Hier soir, lors de l'inauguration du chai, 250 invités ont découvert des
installations viticoles d'une technicité rarement atteinte dans le
Bordelais. « Si on a la technologie, il faut l'utiliser pour la qualité du
vin », défend avec pragmatisme Silvio Denz, le propriétaire. Quitte à verser
dans la science-fiction. Ainsi, la vendange est reçue dans des chambres
froides, et le grain trié selon un procédé optique, une « caméra linéaire
couleur » à l'appui.
Tour luminescente
Le cuvier cultive apparemment la tradition, avec 46 cuves bois Taransaud
pour les microvinifications, d'une capacité de 50 à 80 hectolitres, mais
équipées du système oenoscan, « pour le suivi de la fermentation en temps
réel » précise Alain Dourthe, régisseur du château Faugères depuis douze
ans. Selon lui, près de 3 millions d'euros ont été investis dans les «
process » : ventilation, gestion de l'hygrométrie et un système sophistiqué,
appelé osmoseur, pour purifier l'eau. Bien sûr, tout cela a un prix.
Son chai de 3 500 m2 aura coûté près de 8 millions d'euros à Silvio Denz. Et
il assume sereinement le « surcoût » d'1,5 million d'euros dû aux choix de
l'architecte : parement de pierre de taille d'Aragon, couverture en cuivre
et éclairage diffus en 248 points de la tour par des diodes
électroluminescentes. La fameuse tour du chai renferme trois étages
techniques, dont une partie enterrée à 8 mètres du sol, et trois niveaux
comprenant les bureaux et la salle de dégustation.
Investissement sans retour
Le belvédère parachève l'ouvrage, qui ménage une vue très toscane sur le
vignoble du château Faugères, et d'autre part sur la terrasse paysagée : le
toit du cuvier. « Il n'y avait que Mario Botta pour réaliser un chai ainsi
intégré au paysage », vante Silvio Denz. « J'aime sa personnalité. C'est un
homme très simple. » L'architecte suisse est venu, il a vu et dessiné un
chai. « Si cela vous plaît, nous travaillons ensemble. Sinon, on en reste
là. »
Hier, le fruit d'un chantier de trois ans était visible de tous. Quant à
celui de la vigne s'étalant sur 80 hectares dont 50 en appellation
Saint-émilion, il est travaillé depuis 1990 par l'oenologue Michel Rolland,
lorsque Faugères appartenait encore à la famille Guisez. Fondu de bordeaux
depuis les années 1980 qu'il pratiquait lors des repas dominicaux, Silvio
Denz a mûri le projet d'acheter rive droite.
L'affaire se conclut en 2005, par l'intermédiaire de son ami Stephan von
Neipperg, au tarif d'« environ 300 euros le mètre carré ». Pour ce magnat de
la parfumerie, de la cristallerie (Lalique), qui a misé dans l'immobilier,
Faugères est un investissement sans retour. Parce que Silvio Denz n'en
attend pas un rendement immédiat.
Mais aussi, il le dit : « J'ai mon coeur à Bordeaux. Dans les années 1990,
je suis allé dans la Nappa Valley, on y goûte bien, mais les vins sont très
concentrés. Le vrai vin est produit ici, à Bordeaux. » Faugères,
Péby-Faugères et Haut-Faugères seront les trois saint-émilion élaborés dans
le nouveau chai. Il a aussi vocation à « attirer les amateurs de vin. En
espérant qu'il ait une bonne influence sur la qualité, et la vente. »